Solidarité Laos
Un village // Houai Yen - Situé à 20 kilomètres au sud de Luang Prabang - Coupé de toute communication routière par la rivière Nam Kan - Seul moyen pour s’y rendre : la pirogue
Une communauté // 587 habitants, principalement d’origine Khmu
Une situation difficile // 140 enfants ne disposant que d’une école primaire délabrée - Pas de toilettes, pas de canalisations, pas de réserves d’eau suffisantes en saison sèche - Un état sanitaire général alarmant
Problématiques // Ecologique, sanitaire et sociale.
Projets //
1 - Philanthrops projette de rénover l’école élementaire et d’y construire d’autres classes, pour permettre ainsi à l’ensemble des enfants du village d’aller à l’école ;
2- Philanthrops proposera aux habitants une approche participative, basée sur la définition des problématiques liées à l'hygiène et à l'assainissement, afin de faciliter un changement de comportement en matière d’hygiène communautaire ;
3 - Philanthrops projette de fournir des toilettes écologiques pour l’école ;
4 - Philanthrops réfléchira avec la communauté à des systèmes économiques lui permettant d’autofinancer des projets communautaires et pourra soutenir des projets d’accueil de voyageurs solidaires et responsables.
MISSION JANVIER - MARS 2010 - SALLY PIPER

Laos, le 10 janvier 2010
Après 3 semaines bien chargées au Laos, j’ai le temps de vous envoyer quelques impressions sur ma vie ici et le début du projet.
Les premiers temps de mon séjour m’ont permis de récolter les informations récentes sur la vie du village, les statistiques sur les maladies des enfants dus à un manque d’hygiène, et les devis pour la construction de latrines. Ce projet étant été décrété comme le plus urgent d’un point de vue sanitaire, à ce jour.
J’ai créé des liens, avec des Laotiens très dévoués : comme l’infirmière qui a inventé un jeu sur l’hygiène, ou ce jeune Khmu, manager d’un hôtel, qui consacre le peu de son temps libre à aider son peuple, Il y a 49 ethnies différentes au Laos ; le village avec qui Philanthrops travaille est un village Khmu.Il y aussi une jeune femme qui parcourt des kilomètres en bateau pour apporter des livres aux enfants dans des villages éloignés. Je lui ai écrit une brochure en anglais et en français pour expliquer son projet aux touristes et solliciter des dons d’environ 1,50€. Nous explorons la possibilité d’écrire ensemble un petit livre sur l’hygiène de base – en langue Lao.
La plupart de mes rendez-vous se passent en ville. L’administration ici est laborieuse et j’ai appris la patience en attendant tel ou tel papier du District, ou l’accord d’un autre bénévole laotien.
J’ai visité le village deux fois déjà, pour travailler avec le chef du village et son député. Le parcours prend au moins une heure, car nous quittons la route goudronnée pour un petit chemin en terre battue, où sont construits plusieurs petits villages. Nous y avons rencontré des femmes pliées en deux par le poids des paniers de bois qu’elles portent avec un bandeau en cuir autour du front.
Enfin nous devons traverser en pirogue la rivière Nam Khan, où des enfants et des femmes se lavent, protégé par un sarong. De l’autre coté, un petit pont d’un tronc d’arbre, et une montée ardue et longue.
La prochaine fois je vous parle du village. Maintenant la nuit tombe, ainsi qu’une pluie torrentielle. La ville royale se couche assez tôt, car beaucoup se lèvent avant l’aube pour préparer leurs offrandes au <em>Tak Bat</em>.
Au revoir, ou La Kon Deu en Lao.

Laos, le 7 février 2010
Après notre traversé de la Nam Khan, nous avons été accueillis par le chef du village, M. Chanda et son député. Eux n’ont eu aucune difficulté à traverser le petit ruisseau sur un pont de fortune - un tronc d’arbre glissant - puis de monter la pente, en tongs. Par contre ce fut une autre histoire pour moi ; je glissais à chaque pas, malgré mes chaussures de marche. Arrivés au village, nous avons trouvé les hommes en pleine construction d’une nouvelle pirogue en bois, car celle que nous venions d’emprunter commençait sérieusement à prendre l’eau.
Le village est établi depuis 30 ans avec 71 familles Khmu, les peuples du plateau (Lao Theung), qui parlent Mone-Khmer. Depuis quelques temps, la communauté du village a été élargie avec l'implantation d’autres familles Khmu, ainsi que des Hmongs, (venant des montagnes) qui parlent Hmong –Loumien. Il y a maintenant 106 familles. Notre traducteur parle anglais et Lao et, heureusement Mone-Khmer, car certains anciens ne parlent que cette langue.
La plupart des villageois sont agriculteurs, cultivant le riz et utilisant la méthode du brulis. D’autres fabriquent des balais avec des herbes de la forêt, ou construisent des lattes de feuilles pour la couverture des toits. Certains ont trouvé du travail comme ouvriers non-qualifiés.

Les foyers les plus anciens sont sur la voie principale, un chemin en terre battue. Certains sont en pierres, mais moins d’un tiers sont pourvues d’électricité sommaire. La plupart des habitations sont en tresse de feuilles de bambou, et sur pilotis, avec une pièce principale où la famille mange. Les villageois dorment sur des matelas au sol protégés par une moustiquaire. Il n’y a que huit foyers avec une latrine, située dans une cabane en bois ou en béton, à l’extérieur. Elles sont propres et en utilisation. Mais chaque jour, l’eau pour les nettoyer doit être montée de la rivière. Et avec la pénurie d’eau au village, c’est de plus en plus difficile
Aucune maison n’a l'eau courante. L’eau provient d’une source à 4 kilomètres dans les montagnes. Elle arrive dans une citerne en béton en haut du village ; celle-ci est presque vide et ne tiendra plus que quelques jours. Ensuite, par un système de tuyaux, l’eau est distribuée à 8 robinets dans le village. L'infrastructure étant vieille, est très délabrée. Chaque semaine, le village tape les tuyaux pour désagréger le calcaire qui les bouche en permanence. Les robinets sont rouillés et fuient. Monsieur Chanda semblait très perturbé par ce fait, car la communauté manque d’eau en permanence. C’est pour cette raison que les gens se lavent dans la rivière, polluée par infiltration, avec les matières fécales.
Chaque soir, l'effort est grand pour descendre la pente vers la rivière. Les bébés et les enfants tremblent de froid. Mais ils se lavent dans l'eau fraîche, font leur shampooing (s’ils en a) et se brossent les dents avec une eau limpide à l’oeil, mais pleine de microbes invisibles.
Notre entretien a pris une grande partie de la journée. Le souci majeur du village est le manque d’eau. J’ai inspecté les installations. J’ai vu les femmes et les enfants transportant l’eau ; j’ai vu les tuyaux qui fuyaient, les robinets incrustés de calcaire et la citerne presque vide. C’est un problème difficile à résoudre techniquement, et la seule solution envisageable dans ce cas est le captage d'une nouvelle source d’eau moins calcaire. Les observations sont en étude.

Entre temps, nous étudions la meilleure solution sanitaire pour l’école, car, malheureusement, les latrines EcoSan ne sont pas possibles. EcoSan vient de commencer en Europe. Pour que ça marche, il faut une grande équipe technique spécialisée, de la formation longue et un suivi sur place. Nous n’avons pas les moyens et je n’ai trouvé aucune étude pilote ici. Donc, pour le moment ce n’est pas encore faisable au Laos.
La solution la plus économique, la plus gérable, et la plus acceptable par la communauté est une simple latrine sur fosse septique. Nous somme en train d'étudier les solutions avec le chef du village, avec l’école, les enfants et nos ingénieurs sur place. Car notre préoccupation majeure est la santé des enfants.
PS. Je viens de recevoir des nouvelles qu’il n’y a plus d’eau de tout au village. Le réservoir est vide.
Au revoir, Bai Kon Deu

Laos, le 17 février 2010
A l’école primaire, les enfants attendaient sagement devant leurs tables, mais grouillants d’excitation de voir la farang – l’étrangère.
Dans le système scolaire Lao, il y a 5 classes élémentaires. Pour le village, la première classe, équivalent à un Cours Préparatoire français, est dans une structure séparé des autres classes. C’est une construction de feuilles de bambou et de poutres, dans un état pitoyable, avec un sol en terre battue. Je crois que pour un enfant de 6 ans qui entre en CP, ça doit être une rude épreuve.
L’école principale est elle, construite de briques effritées et en toile de bambous. Elle est dans un état délabré. Les poutres sont détruites par les termites et il n y a pas des murs entre les classes. Le toit en tôle ondulée rend le bâtiment très chaud en été, car il n’y a pas du plafond. Il n’y a ni électricité, ni l’eau, ni ventilateur, ni fenêtres. La cour de recréation est en terre battue qui rend tout jeu une affaire de poussière ou, en saison de pluie, un problème de boue.
Il y a 100 enfants scolarisés. Ils sont âgés de 6 ans à 13 ans : 53 filles et 47 garçons. Les cinq classes de 1° à 5° années sont gérées par quatre instituteurs : 3 femmes et un homme. Par manque d’instituteur, ils sont obligés de regrouper les enfants en 4 classes.
Le plus jeune des professeurs a une prothèse à la jambe. Il y a dix ans, en promenade dans le foret, il a marché sur un UXO est à perdu sa jambe. Malheureusement, c’est encore courant ici. Il n’y a pas des ressources pour nettoyer les montagnes des UXO, lâché par milliers pendant la guerre secrète.
Les enfants, surtout les filles, souhaitent des latrines pour l’école. Les professeurs ont reçu une formation très basique, sorte de sensibilisation à l’hygiène et sont assez frustrés, car les enfants ne peuvent pas mettre en pratique ce qu’ils ont appris. Il y a pénurie d’eau, du savon, des brosses à dents et du dentifrice. Les enfants n’ont pas d’eau potable à l’école.

Par manque de latrines à l’école, les enfants pratiquent la défécation ouverte dans le foret aux alentours avec contamination de leurs mains et de leurs pieds. Ils boivent de l’eau sale – ou ne boivent pas de tout. Les conséquences sont que tous les enfants ont des vers intestinaux, et des problèmes d’infection gastriques. La directrice de l’école a estimé que 20% des enfants sont absents de l’école en saison chaude avec la diarrhée, due à la consommation d’eau non-potable, et de la défécation ouverte avec propagation de microbes par les mouches et les animaux. Malgré ces problèmes, les enfants sont joyeux et certaines filles en particulier sont très propres.
Nous avons été bien reçus par tout le monde. Les enfants ont été très polis et nous ont chanté plusieurs airs traditionnels. Ils ont une grande volonté d’améliorer leur avenir. Les latrines et l’eau sont tant attendues.
Les habitants ont promis de nous aider à transporter le sable et les pierres, récolté de la rivière, et le bois de la foret pour la construction de latrines. Avec un revenu annuel moyen par famille de $500 c’est difficile de fournir d’autres choses que leurs bras. Philanthrops donne l’assistance technique, l’ingénierie, le ciment, les ouvriers qualifiés et les structures en dur, en accord avec les normes du pays.
Le chef du village et les instituteurs ont demandé un programme de sensibilisation à l’hygiène. C’est une organisation assez longue. Je vous en parle dans le prochain bulletin.

Laos, le 25 mars 2010
Cette journée émouvante a commencé à l’aube, avec la visite au commerçant du coin de la rue. Du fond de son bazar sombre et poussiéreux il a sorti nos colis. Nous avons chargé notre camion avec brosses à dents, dentifrice, savons, lavettes et détergent pour les vêtements.
Puis en route pour le village. Il y avait plusieurs mains pour nous aider à transporter les cartons dans la pirogue, puis à les monter jusqu’à la cour de l’école, où la plupart des villageoises nous attendaient. Les enfants, exceptionnellement en uniforme le dimanche, ouvraient la route avec des cris de « <em>farang, farang » </em>(« l’étrangère, l’étrangère). D’après mes informations, nous sommes la première équipe de solidarité à leurs rendre visite.
J’ai eu la chance de rencontrer une infirmière Laotienne, attentive à l’importance de l’éducation à l’hygiène. Elle a l’habitude de travailler avec des villages loin de la capitale, et passe tous ces temps libres à les visiter en pirogue. Cette fois, elle nous a offert sa journée de repos, car l’avenir des enfants la touche.
Mlle Samone a inventé un jeu de questions et réponses sur l’hygiène. Une bonne réponse et vous gagnez le gros lot. Mais tout le monde doit gagner, et tout le monde doit entendre les réponses des autres. En conséquence, tout le monde participe en encourageant son voisin et apprend en douceur des messages sur l’hygiène.
Nous avons commencé avec les enfants pendant que les adultes prenaient place. Comme c’est l’habitude dans les écoles laotiennes, les enfants se sont alignés et ont chanté un air (plutôt militaire à mes oreilles) sur le peuple Lao. Puis Mlle Samone a commencé un petit jeu sur le brossage des dents. Une fille de 11 ans s’est portée volontaire pour montrer aux autres enfants comment se brosser les dents. Encouragée par les cris de ses camarades ; « c’est en haut en bas, pas de gauche à droite », elle a passé son épreuve avec brio et a gagné une brosse à dents et du dentifrice.
Pour la deuxième question – comment utiliser une latrine, il y avait plusieurs candidats, confiants de pouvoir gagner. Dans la poussière de la cour, nous avons tracé un latrine sous les rires, car comme partout c’est un peu tabou. Un petit garçon à montrer comment faire avec propreté et a gagné une grande barre de savon parfumé.
Nous avions aussi acheté 140 ballons pour les enfants, comme petit prix. Le mot a vite traversé le village et de plus en plus d’enfants arrivaient, tous petits avec le nez coulant, les yeux sales. J’étais enveloppé dans un nuage de poussière, où l’odeur des enfants crasseux remplissait mes narines. Au moins comme ça, leurs mères sont venues pour le jeu qui allait commencer.
Nous nous sommes installés à l’ombre, autour d’une table rempli des cadeaux « sanitaires ». Le chef du village a appelé chaque famille listée dans son cahier rouge. Chaque famille pouvait envoyer un représentant, comme ça le message passait encore, et encore, avec les prix d’un savon ou une brosse à dents, du dentifrice ou un coup ongle.
C’était une journée longue. Nous avons fait jouer 105 familles, improviser des jeux avec les jeunes et les moins jeunes. L’après-midi, les femmes se trouvaient sans les hommes pendant une heure. Elles ont parlé du mariage des mineurs, après le passage d’une fille de 16 ans entouré de deux bébés ; puis sur le bien fait de l’allaitement et les corvées de l’eau.
Le chef du village et les professeurs ont été très satisfaits avec la journée de sensibilisation. Tout le monde attend le début de construction des toilettes et l’arrivée de l’eau. Le village doit décider des jours de travail, car tout autre activité dans les champs et la forêt doit être arrêté ces jour-là. Nous attendons, donc.

Retour du Laos - Mai 2010
J’ai le plaisir de vous annoncer l’achèvement du projet au Laos.
Quand je suis partie, la communauté avec qui nous avons travaillé réjouissait dans de l’eau propre qui coulait des 8 points d’eau au village. Les femmes - libérées de la corvée de descendre au fleuve, puis remonter la pente avec des lourds seaux d’eau - marchaient plus droit. Elles avaient formé un Club d’Hygiène à l’école primaire et contribuent une minuscule somme chaque’ une pour acheter du savon pour les lave-mains.
Les hommes, fiers de leur participation dans les travaux d’installation d’un système d’eau, me saluaient et me faisaient part de leurs intentions de construire des latrines pour chaque foyer, même le plus modeste.
A l’école, les cent enfants chantaient la chanson de 20 secondes – temps d’un lavage de mains correctement – que nous avons écrit ensemble. Ils m’ont montré leurs latrines neuves, et leur rota où chaque classe prenait sa tour pour le nettoyage. Leur joie dans la propriété de leur école se brillait sur chaque visage. Et ils n’étaient plus déshydratés, grâce à deux filtres céramiques, qui permettaient à chaque enfant de boire de l’eau propre et filtré, à l’école.

Vos donations nous ont permis de faire les choses suivantes :
Visite de Reconnaissance du village
Questionnaires au village
Monter un plan de projet avec la communauté
Création et Formation d’une équipe laotienne en sensibilisation à l’hygiène
Journée de Sensibilisation à l’hygiène – participation de tout le village
Recherche, études, installations d’un system d’eau d’une source dans les montagnes
Création d’un réservoir de décompression et un réservoir de stockage
Installation d’un système de tuyaux pour alimenter 8 points d’eau au village
Création d’un bloc de latrines facilement utilisé par les enfants
Création de quatre lave-mains en face de latrines
Formation des instituteurs à l’école primaire
Donation de deux filtres à l’eau, céramique, pour l’école
Donation des livres de comptes lao sur l’hygiène
Sensibilisation des enfants en hygiène de base
Utilisation d’une latrine
Lavages des mains avec savon
Brossage des dents avec de l’eau sain
Nettoyage des cours de l’école
L’importance de boire de l’eau sain et propre
Notre équipe sur place continue à suivre les enfants en hygiène de base, avec des jeux, des livres et du théâtre